Fondée en 1895, la Compagnie Salinière de Madagascar spécialisée dans la production de sel de mer est leader sur le marché du sel à Madagascar avec 80 000 tonnes de sel produites en 2015 dont 25 000 tonnes commercialisées à l’exportation.

Saline de Betahitra - fondation

Les salins de BetahitraLes salins de Betahitra

En 1895, M. Plion, originaire d’Aigues-Mortes où se trouvent les célèbres Salins du Midi, arrive à Diego Suarez, la toute nouvelle ville fondée par les français au nord de Madagascar.
Il constate rapidement que la baie de Diego Suarez présente des conditions idéales pour l'activité saunière : eau de mer à salinité élevée et constante, des sols plats en bordure de mer et apparemment étanches, et une longue saison sèche avec les alizés (Varatraza). M. Plion acquiert une grande parcelle de terrain sur la tanne de Betahitra. Il réalise des partènements (surfaces préparatoires), des réservoirs (stockage des saumures en saison des pluies), des tables salantes (cristallisoirs), graviers (surfaces aménagées pour les camelles –tas de stockage), deux pompes à vapeur, un chenal pour les chalands de la société portuaire de manutention. Les mules, « bonnes à tout faire » sont utilisées pour les manutentions.
L'exploitation connait un bon démarrage et atteint rapidement une production de plusieurs milliers de tonnes par an.

Tannes de BetahitraTannes de Betahitra

Les tannes

Les tannes sont des étendues dépourvues de végétation en zones littorale  qui se colorent en larges taches claires ou grises quand le temps est très sec. Ces taches sont du sel fin que les eaux interstitielles déposent à la surface du sol quand elles s’évaporent. Elles sont appelées Sira-sira à Madagascar.

Après Guerre : Antsahampano

M. Plion décide donc l'achat de parcelles à Antsahampano dont celles de Westpool, au fond du Culdesac Gallois. Il achète également des petites parcelles à Betahitra pour bloquer la concurrence.
Commence alors le déplacement progressif des installations à Antsahampano. C'est à cette époque que la construction du « village de la Saline » est commencée avec des logements pour les membres de l’encadrement et certains ouvriers.

Les Salines d'AntsahampanoLes Salines d'Antsahampano
A cette époque, le marché mondial de la production du sel connait de fortes évolutions. Au débouché de la Mer Rouge, les Salines de l’Aden ont une production de sel de longue date que les Italien relancent et rationalisent. Il s'y pratique une roduction de type « sel solaire » (comme au salin du Guèmel, en Algérie) : le sel est extrait par lessivage météorique saisonnier d’un diapir (remontée en surface d’une masse de sel gemme en forme de gros champignon). Le déplacement des français à Djibouti entraîne la création d’une saline, achetée par la Compagnie de d’Indochine et de Suez (CIS). Cette nouvelle compagnie, en rivalité avec la production de Madagascar, provoque une « guerre des tarifs ». La CIS est également actionnaire du groupe CMAO, manutentionnaire des ports de Djibouti, Majunga et Diego Suarez. La CMAO, qui transporte le sel depuis Antsahampano vers le port, connait très bien l’activité des salines d'Antsahampano. La Société des Salines de Djibouti entame une guerre des tarifs en baissant les prix du sel exporté vers Madagascar. La Saline de Diego réagit en proposant à son tour des tarifs compétitifs. Cette rivalité se résoud par une entente : la Saline Diego intègre les salines Djibouti, le groupe devient la Compagnie des Salines de Djibouti avec une saline Tunisie et une en Indochine. A cette époque, des petites salines sont créées à Tuléar et Majunga mais, de taille modeste, elles ont une influence limitée sur le marché et pour la plupart une existence éphémère. C'est également à cette époque qu'est bâtit le Logement de la rue de la Rampe par M. Plion qui préfère la Case de Joffreville et le laisse à son adjoint considéré comme premier directeur CSM.

Les « Trente glorieuses » : industrialisation de la production

Le marché du sel n'échappe pas au formidable élan économique que connait le monde avec la reconstruction qui suit la fin de la seconde guerre mondiale.
Les Salines de Diego Suarez connaissent dans un premier temps de grande difficultés en raison de la perte du marché des îles Maurice et de la Réunion. L'île Maurice développe ses Salines de la Rivière noire fondées au 18e par Mahé de la Bourdonnais « Gouverneur des isles de France et de Bourbon ». Ces salines emploient une technique inspirée de celles de Guérande en Bretagne, mais ont la particularité d'utiliser des tables salantes en dalles de basalte.
A la Réunion, des essais sont menés à Etang salé et L’Ermitage, mais l'installation se fait finalement à Pointe au sel près de St Leu, sous la direction de M. Paris-Leclerc jusqu’en 1977. La production est alors abandonnée jusqu'au rachat en 2000 par le Conservatoire du Littoral qui relance une petite production de type éco-musée.
Face à cette conccurence, les salines de Diego Suarez renforcent leur compétitivité par un important processu d'industrialisation de la production.

La Compagnie des Salins du Midi et des Salines de Djibouti

Action de la Cie des Salins du Midi et des Salines de DjiboutiAction de la Cie des Salins du Midi et des Salines de Djibouti

Le secteur de la production de sel voit d'importants mouvements de fusions, acquisitions et rachat auxquels n'échappent pas les salines de Diego Suarez. La famille Plion conserve ses actions et M. Plion un siège au Conseil d'Administration de la nouvelle Compagnie des Salins du Midi et des Salines de Djibouti qui est constituée du rassemblement des Salins du Midi, Saline de Djibouti, Salines Diego Suarez, Saline d’Indochine, la grande saline du Sénégal et celles très nombreuses du Maroc, d’Algérie, de Tunisie et du Cap-Vert.
Cette nouvelle compagnie permet une importante mutualisation des moyens, mais aussi des savoirs et de l'expérience. La saline d'Aigues-Mortes devient le centre de formation du groupe où sont préparés de jeunes techniciens qui sont ensuite envoyés sur le terrain. Un management centralisé est mis en place. Des mécaniciens, chimistes, géologues, agronomes sont embauchés.

Modernisation de la récolte

Essais du premier récolteur en 1956 avant la stabilisation des solsEssais du premier récolteur en 1956 avant la stabilisation des sols

Jusque'au milieu des années 50', la récolte du sel se faisait à l'aide de pelles. Le transport du sel récolté depuis les tables salantes jusqu'aux graviers (zones sur lesquelles le sel est stocké en tas appelés camelles jusqu'à son conditionnement)se faisait d’abord à l'aide de paniers portés sur l’épaule, puis à l'aide de brouettes, puis grâce à une voie Decauville. Des tronçons de voie ferrée étaient posés sur les tables puis le sel était chargé à la pelle dans des wagonnets. Le train de wagonnets était tracté jusqu'aux graviers où un système de bascule intégré aux wagonnets permettait de les décharger rapidement. Les wagonnet étaient au départ tracté par les hommes, puis par des chevaux. Rapidement, des petites locomotives à vapeur puis diesel prirent le relais. A partir des années 50', le transport est progressivement assuré par remorques attelées à des tracteurs agricoles. La récolte proprement dite est mécanisée par l'utilisation de récolteurs mécaniques. Le premier récolteur est un rabot tracté par un bull (R1). Si la mécannisation va permettre d'augmenter massivment la production, le poid des engins va rendre nécessaire de trouver une solution pour stabiliser le sol des tables salantes afin qu'elles puissent supporter leurs poids.

Contresel

Les tannes sur lesquelles est pratiquée la cristallisation du sel sont des sols jeunes géologiquement et non consolidés géotechniquement. Le sel flue sous la contrainte, et mélangé à de la boue il forme un matériau à portance nulle. Les sols d'Antsahmpano sont constitué d'ancienne vase à palétuviers. Il apparait rapidement qu'il est impératif de les consolider pour permettre le passage des engins. Cette difficulté sera résolure par l'adoption de la technique du contresel :
- pendant deux à trois années, le sel n'est pas récolté afin de le laisser former une épaisse couche solide.
- A la saison des pluies, la table est remplie avec une couche de saumure saturée qui empêche l'eau douce de la pluie de dissoudre la couche de sel.
- Tous les dix ans environ, il est nécessaire de ne pas récolter la table afin de reconstituer la couche de contresel que les cheminements d’eau souterraine et les tassements tendent à déstabiliser ou à en amoindrir l’épaisseur au cours du temps.

26 juin 1960 indépendance de Madagascar

Philibert Tsiranana, premier Président de Madagascar en 1960Philibert Tsiranana, premier Président de Madagascar en 1960

Mise en place de l'Etat malgache : l'exploitation de Diego Suarez devient la Compagnie Salinière de Madagascar (CSM), filiale de la Compagnie des Salins du Midi et des Salines de Djibout. L'immeuble rue Goureaud devient le siège social.
Philibert Tsiranana, premier Président de la République de Madagascar, lors d'un déplacment en France, visite les Salins du Midi à l'invitation du Président Verhille. Il demande qu'un atelier de sels fins du même type que celui d'Aigues-Mortes soit créé à Diego Suarez. Il viens vérifier sur place deux ans plus tard. Au cours de sa visite, P. Tsiranana juge que l'immeuble de la rue Goureaud n'est pas digne de la CSM et sur ses conseils, la CSM fait l'acquisition de deux parcelles de terrain rue Beniowski qui sont réunies et sur lesquelles est bâti un nouvel immeuble dont le rez de chaussée accueille les bureau et le premier étage le logement du directeur.
Didier Ratsiraka, alors jeune étudiant mais futur dirigeant du pays, ami avec M. Petitpas viens emprunter des livres de la bibliothèque du logement du DG.

Gerbeuse mécanique et appareil de reprise

La gerbeuse est l'appareil qui permet de constituer le tas de stockage du sel appelé camelleLa gerbeuse est l'appareil qui permet de constituer le tas de stockage du sel appelé camelle

La modernisation continue avec le séjour régulier d’ingénieurs. Après la mécanisation de la récolte, la création de l'atelier de sel fin séché, la mise en place d’une gerbeuse sur le gravier est décidée. Elle est confectionnée et montée par l’arsenal de Diego Suarez, actuelle SECREN.
La décision d’augmenter la production de l’atelier de conditionnement entraine la nécessité avoir du sel très propre. Un appareil de reprise sur le modèle de celui des Salins du Midi est mis en place. Il est conçu par les Ets Marcel Sabria de Tarascon, Ariège. Le suivi est confié à Claude Naudy, ingénieur des Salins du Midi basé à Montpellier.

Années 70' : mutations du secteur du sel.

Avec les années 70', le secteur du sel connait à noueau de profondes mutations. Une Convention collective des Salins de la Côte Méditerranéenne est signée suite à grève une dure aux Salins du Midi. Cette convention collective sera appliquée à Diego Suarez en 1991.
Un service de coopération technique est créé au sein de de la Cie des Salins du Midi. Ce service, « Cooptech » (disparu en 2000), dirigé par Jean Clain, a pour fonction de faciliter le transfert d'expertise entre les différents sites du groupe.
Les année 70' voient aussi la disparition des salines Djibouti ainsi que la création de petites salines au Kenya dont une deviens le principal concurrent de CSM pour l'approvisionnement des thoniers de Mahé, aux Seychelles.
Le secteur doit répondre à un fort accroissement de la demande en sel pour les industries chimique, en particulier celle du chlore.
Suite aux achats du Salin de Giraud, des Salines de l’Est (gemme), de la Sté Gérad et Cie, l'ex Compagnie des Salins du Midi et des Salines de Djibouti deviens la Compagnie des Salins du Midi et des Salines de l’Est (CSME).
A la suite d'une OPA hostile de la société Piper Heidsiek (groupe Remy Cointrau) sur CSME, le groupe Indosuez devient actionnaire majoritaire par le biais de la banque La Hénin. Les descendants de M. Plion, fondateur des salines de Diego Suarez ne font plus partie du conseil d'administration de la nouvelle compagnie.

Didier Ratsiraka en 2001Didier Ratsiraka en 2001

A Madagascar, Didier Ratsiraka prends le pouvoir au terme de plusieurs années d'instabilité politique et met en place une nouvelle république d'inspiration socialiste. Il dénonce les accords de coopération passés avec la France et fait sortir le pays du système monétaire CFA. L'Ordonnance N°74.021 sur l'abus de propriété et les propriétés non exploitées permet à l'Etat malgache de récupèrer les terres des colons absents. Une grande partie des sociétés détenues par les ex colons sont nationalisées. La légende raconte que le décret de nationalisation de la COmpagnie Salinière de Madagascar est longtemps resté sur le bureau de Didier Ratsiraka qui ne le signera jamais, peut être en souvenir de ses bons rapports avec la direction de l'entreprise.

1984 : arrivée des thoniers dans l’Océan indien

Thoniers au port de Diego SuarezThoniers au port de Diego Suarez

En 1984, un thonier de Concarneau viens effectuer une reconnaissance dans l'Océan Indien suite à la baisse dramatique de la population de thons dans l'Océan Atlantique. La pêche est miraculeuse. Il est rapidement suivi par des thoniers venus de France (bretons) et d'Espagne (basques) qui désormais reviennent chaque année. C'est le début du développement de l'industrie du thon à Mahé aux Seychelles. Diego Suarez deviens la base avancée des thoniers pendant la migration du thon dans le canal du Mozambique de février à avril. Cette nouvelle activité relance l'économie de la ville et notamment les entreprises CMDM (manutention portuaire) et la SECREN (chantier naval). Une autre conséquence est l'ouverture de la PFOI (conserverie de thon) en 1991 avec un millier d’emplois et qui deviens un important client de CSM.

Congélation du thon

Thons congelés dans la saumure dans la cale d'un thonierThons congelés dans la saumure dans la cale d'un thonier

1 litre d’eau pure (densité volumique 1) peut dissoudre 350mg de chlorure de sodium ce qui donne 1,125 litre de saumure qui gèle à -21°C. Dans les thoniers, les thons sont transférés directement de la senne dans de la saumure maintenue à -17°C par des serpentins de fréon. Les thons sont instantanément congelés, tout en restant aisément manipulables. Les thons sont déstockés en utilisant un contre courant de saumure qui les fait remonter en haut de la cuve.
La Compagnie Salinière de Madagascar vend à partir de 1984 10 000 à 20 000 tonnes de sel par an pour renouveler ces saumures.

Années 90' : nouvelle modernisation

La chute du mur de Berlin entraine l’assouplissement du régime de Ratsiraka et le retour des investisseurs à Madagascar. Un emprunt sur 10 ans est contracté à la BNI. Il permet de financer l'achat de deux groupes électrogènes de 400 Kva chacun, l'achat d’une niveleuse Caterpillar 120 g, le remplacement de l’essoreuse du laveur par un modèle à plus grand débit (l’ancienne est transférée au relavage du sel à l’Usine), l'achat d’un récolteur type PR 110 et d’un bull Caterpilar D5 d’occasion pour la traction du récolteur. Le nouveau récolteur est construit à Montpellier sur les plans de Cooptech, mais les difficultés locales (surépaisseurs de sels, et/ou erreurs de conduite) le rendent moins robustes que les anciens R1 et R2 de René Caisso.

Atelier chalands : CSM achète à CMDM 5 chalands de 100 tonnes, le remorqueur Courlis et la vedette Tendrofany, et obtiens l’usage de l’atelier chaland et des deux slipways attenants.

Le Laboratoire : création d’un laboratoire pour le projet d’iodation du sel, d’abord au village de la Saline, puis dans le bâtiment administratif. Saholy Colette, jeune ingénieur de Polytechnique de la capitale et embauchée pour le diriger.

Digue de la Vasière : l'achèvement par M. Césari de la digue transforme le Cul de Sac Gallois en nouveau partènement. Mise en chantier des nouveaux cristallisoirs G1 et G2 qui permettront l’augmentation de la production.